La main du diable

Le 6 août 2020 avait lieu la présentation à Perpignan du livre « la main du diable ».
Ce livre, écrit par Judith Cohen Solal et Jonathan Hayoun, traite des tentatives de séduction de la communauté juive par le Rassemblement National.

La main du diable

Description du livre

Le livre est divisé en 3 parties.

La première partie (chapitre I) commence par revenir sur la création du Front National (FN) par des anciens collaborationistes et des membres de la Waffen SS. La division Charlemagne et la LVF étaient bien représentées dans les rangs des fondateurs. L’OAS est aussi bien présente à l’époque.
Des noms comme Duprat, Brigneau, Holeindre, Gaultier marquent la création du FN en 1973. L’histoire étant connue je ne reviendrais pas dessus.
Ensuite (chapitre II) les auteurs reviennent sur la relation tumultueuse entre Jean-Marie Le Pen et la communauté juive.
Si à ces débuts le FN a eu une position neutre vis-à-vis de la communauté juive, le naturel est rapidement revenu au galop. Les débordements et autres propos antisémites de Jean-Marie Le Pen eurent vite fait de rappeler l’origine idéologique de ce parti, et lui valurent une opposition farouche de la part des institutions communautaires.
Dans les années 80 le FN a tenté de donner le change en créantle Cercle national des Français juifs, organisation dirigé par Robert Hemmerdinger, juif, ancien résistant et proche de l’OAS. Le but était de faire croire à un soutien institutionnel de la communauté.
Marine Le Pen essayera de se démarquer de son père. Mais la transformation du FN en RN n’empêchera pas le fond d’antisémitisme du parti de ressurgir. Lors de l’élection de 2017 l’échec de la stratégie de dédiabolisation sera patent.

La deuxième partie (chapitre III) nous amène en balade dans les terres du RN. Les auteurs ont rencontré les représentants de la communauté juive dans huit villes et dans le 7e secteur de Marseille.
Dans chacune de ces villes le fait que le maire soit encarté RN a forcé la mise en place de relations institutionnelles entre les organisations communautaires locales et le RN. Les maires RN n’hésitent pas à chercher à se rendre à la synagogue ou à se faire inviter à des cérémonies religieuses. Partout ils tentent de normaliser la relation avec la communauté juive et se présentent en tant que protecteurs de celle-ci.
Le problème des carrés juifs dans les cimetières revient fréquemment. En effet, d’un strict point de vue juridique, ces carrés ne sont que des tolérances de la part des municipalités, les cimetières publics ne devant pas différencier les sépultures sur la base de la religion. De nombreux responsables ont donc peur que ces carrés disparaissent si les associations locales s’opposent aux élus.
On note d’ailleurs que les oppositions locales sont faibles et discrètes. Si les responsables communautaires ne soutiennent pas les municipalités en place, ils ne les affrontent jamais directement.
Face à ça, les élus affichent un discours rassurant, cherchant par là à s’attirer les bonnes grâces de la communauté. Ceux-ci veulent se dresser en rempart contre l’islamisme, présenté comme la véritable menace qui pèse sur les juifs.
Seul vrai contre exemple, Jacques Peyrat, maire de Nice de 1995 à 2008, ancien membre du FN et élu sous l’étiquette RPR. Ses liens avec l’extrême-droite et son soutien à JM Le Pen en 2007 lui vaudront les foudres de la communauté juive de Nice.
De nombreuses personnes interviewées remarque que dans les années 90 l’opposition était très marquée. Depuis 2014, au niveau local, elle est assez faible.

La dernière partie (chapitre IV) est un rapide retour sur la campagne de 2017 de Marine Le Pen.
Marine Le Pen a tenté dès son arrivée à la tête du parti familial de le « dédiaboliser ». De 2012 à 2017 elle a donc lancé de nombreux signaux à la communauté mais n’a jamais réussi à l’amadouer. Mais, au niveau national, l’opposition a été très forte. Les instances communautaires n’ont jamais hésité à appeler à lui faire barrage.
Suite aux attentats islamistes donc les juifs ont été victimes depuis 2012, le RN a bâti un discours agressif autour de l’islamo-gauchisme et veut convaincre les juifs qu’il est le seul rempart contre ce nouvel antisémitisme.
Malheureusement, pour le RN, les erreurs répétées des cadres du parti, comme le bal organisé par une organisation pangermanisme auquel Marine Le Pen a participé en 2012, ou la présidence par intérim de Jean-François Jalkh en 2017 (connu pour des propos négationnistes) signent l’échec de cette manœuvre.
Même si le « vote juif » ne peut être vu que comme un « fantasme » (page 187), il est clair que les juifs de France, massivement, ne votent pas pour le RN.

Conclusion personnelle

Comme la plupart des partis politiques le RN tente d’attirer toutes les communautés. C’est un parti attrape-tout, il est donc logique qu’il cherche à séduire la communauté juive.
Mais cette communauté revêt une importance stratégique toute particulière, car son soutien permettrait au RN de se normaliser sur la scène politique.
L’opération de séduction est basée sur une dénonciation permanente de l’islamo-gauchisme. Certains de ses responsables comparent d’ailleurs l’islam au bolchevisme. Cette comparaison permet aussi de rappeler que l’histoire de la gauche contient aussi sa part d’antisémitisme.
La vigilance des organisations, les bourdes et les provocations du RN ont empêché l’opération de séduction de réussir. Si ce n’avait été le cas, il est évident que les idées du RN seraient devenues dominantes, notamment dans si « l’union des droites » devait se réaliser.
On peut noter toute fois que les attaques sur son passé sulfureux ne semble plus empêcher le RN de gagner des élections. Ces attaques ne parraissent plus franchement efficaces.

Et pour Perpignan ?

À Perpignan le problème de l’antisémitisme est faible. Par contre le département connaît un vrai problème de radicalisation islamiste. Le RN a déjà attaqué des associations sur ce point, notamment dans le quartier du Vernet.
Si les mouvements de gauche n’y prennent garde, ils risquent de perdre une bonne partie de l’électorat populaire, inquiète par le risque de radicalisation.
Localement le problème de la municipalité ne sera pas ses relations avec la communauté juive, mais avec la communauté gitane. Saint-Jacques, avec ses centaines de millions pour la rénovation urbaine et sa population la plus pauvre de France, sera le cœur de la bataille pour les 6 prochaines années.
Le choc frontal avec le RN ne sera sûrement pas très efficace. L’exemple de Béziers est là pour nous éclairer. Élu à la faveur d’une triangulaire en 2014, Robert Ménard gagne largement dès le premier tour en 2020.
Le vote RN est un vote contestataire fourre-tout. Il se nourrit de l’incurie et de la bêtise d’une classe politique en place depuis des décennies, tant à la mairie qu’au Conseil départemental, qui a totalement échoué sur les plans sociaux et économiques et qui refuse totalement de l’admettre.

Seul un travail de fond, mélangeant projets concrets et éducation populaire, peut être victorieux !

Le livre sur le site de l'éditeur : https://www.grasset.fr/livres/la-main-du-diable-9782246814665

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